La ville et les nuages

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Je suis ravie de vous présenter mon tout premier entretien en français avec Louise Laurent, une jeune illustratrice de 23 ans, aussi connue sous le nom de @lavilletlesnuages.
Louise vit à Paris où elle est très inspirée par ce qu’elle voit dans la ville : "les émotions qui s’y créent, les gens, les femmes." Elle est extrêmement créative. "Souvent je pense aux existences qu'on mène en parallèle," dit-elle. "Quel est le quotidien d'une fille de mon âge aux Philippines ou au Chili ? Que fait-elle en ce moment ? J'y pense même en regardant un inconnu dans le métro, ça peut aller très loin !"
Elle a grandi en proche banlieue parisienne, près de la forêt et de la nature : "j’aime beaucoup ce mélange urbain/nature qu’on retrouve finalement dans mon pseudo aussi. La ville pour le côté terre-à-terre et les nuages pour le ciel et la rêverie. Je suis un chat d'intérieur, même si j'aime énormément la forêt et la nature. J'ai un besoin quotidien de voir des plantes, des arbres, des fleurs, mais je peux rester chez moi plusieurs jours de suite à bosser à fond."
Elle s'est lancée dans l'auto-entreprenariat à peine sortie de l'école. "C'est quelque chose d'effrayant et je crois que c'est pour ça que je l'ai fait. Quand ça m'angoisse, je me dis que je n'ai qu'une vie, et que si je n'essaie pas, personne ne le fera à ma place. Ça peut sembler un peu naïf mais je ne trouve pas cela si faux, finalement."

Dans cet article, découvrez le travail de Louise.


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RS: Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
LL: Je suis illustratrice et directrice artistique—on fait la distinction bien que je pense que l’un ne va pas sans l’autre. Je fais des illustrations pour des marques, des magazines ou des particuliers, et j’ai également une boutique en ligne où je vends mes illustrations ainsi que des créations telles que des broches ou des petites assiettes.

RS: Comment as-tu décidé de devenir illustratrice ?
LL: J’ai toujours su que le dessin m’emmènerait quelque part, aujourd’hui il m’a amené ici, je ne sais pas où j’irai demain, mais j’ai envie de faire confiance à l’avenir.

RS: Décris-nous une journée de ton quotidien.
LL: Je suis free-lance donc je travaille de chez moi, c’est un vrai luxe ! Je peux me lever à l’heure que je veux, généralement vers 8/9h, je fais du yoga et après j’entame ma journée, en fonction des urgences et des mails reçus. Aucune journée ne se ressemble, il m’arrive d’aller travailler au café ou chez des amis. J’aime être mobile.

RS: Qu’est-ce qui t’attriste?
LL: Parfois il arrive qu’on s’investisse à 700% pour quelque chose qui nous tenait très à cœur et au final le résultat n’est pas celui escompté. Ce n’est pas grave. Il faut accepter d’échouer, et persévérer, y croire très fort et essayer de comprendre où on peut s’améliorer. C’est la clé de tout je crois, pas que dans le milieu artistique. Toujours s'accrocher.

RS: Qu'est-ce que tu aimes transmettre dans ton travail ?
LL: De la positivité et de l’empowerment. Parler à tout le monde, et même si mon travail représente souvent des femmes, j’aime également parler aux hommes. J’aime à me dire qu’une de mes illus peut susciter une émotion positive, comme l’envie d’aller de l’avant ou de tester de nouvelles choses. J’ai envie de dire aux gens d’être eux-mêmes et de s’aimer ainsi. De vivre simplement, en se délestant du jugement des autres avec bienveillance. Je sais que ce n’est pas évident, je me dis que du coup des petits dessins colorés et joyeux peuvent aider en cette voie !

RS: Tu crois énormément au pouvoir de la pensée positive. Comment est-elle devenue ta philosophie personnelle ?
LL: Ça peut paraître très naïf mais, le positif attire le positif. Si on envoie du mauvais, le bon n’arrivera pas. Ça peut même sonner très fataliste mais j’essaie d’appliquer cette technique à ma vie et j’arrive à prendre du recul beaucoup plus facilement que lorsque je voyais tout négativement. Je crois aussi qu’il faut essayer au maximum de faire ce qui nous fait du bien et pas ce qui plaît aux autres. Par exemple, je ne suis pas à l’aise en boîte de nuit, et bien je ne me force pas à y aller pour être « socialement acceptée ». Il m’a fallu du temps pour pouvoir agir de la sorte mais c’est trop important.

RS: Décris-nous tes amis.
LL: Je compte mes amis sur les doigts d'une main, je pense surtout à mes meilleures amies que je connais depuis le lycée et qui supportent toutes mes bêtises depuis toutes ces années. J'aime les gens positifs qui me poussent à toujours avancer, les gens lumineux qui s’émerveillent de rien.

RS: Tes écrivain.e.s, cinéastes, et photographes préférés ?
LL: Je suis passionnée de littérature, j’aime beaucoup Jean Anouilh, Marguerite Duras et Jean-Paul Sartre, la poésie avec Gaston Miron. J’aime beaucoup les films comiques français un peu vieux comme La Chèvre, qui me charme par son esthétique vintage. Je suis amoureuse du travail d’Agnès Varda qui nous a malheureusement quitté récemment. Son travail a éveillé en moi un grand sentiment de liberté et peut-être une certaine mélancolie. J’aime le cinéma qui parle, dont on sort perturbé. J’apprécie également la photographie notamment le travail de Ren Hang ou de Martin Parr ; tous les champs artistiques m’attirent, une musique totalement inconnue peut m’émouvoir autant que du gros son commercial peut me faire bouger. Il faut manger de tout !

RS: Qu’est-ce que tu aurais aimé avoir quand tu étais plus jeune en tant qu’artiste ?
LL: Quand j'étais adolescente, j'aurai aimé voir plus de contenus mettant en valeur des comportements vus comme "pas cool." Je n'ai jamais aimé faire la fête à m'en retourner la tête, et j'ai toujours préféré lire des bouquins à la maison. J'aurai aimé à 15 ans lire des choses me racontant que ok c'est cool de faire la fête, mais c'est tout aussi cool de ne pas la faire et ça ne fait pas de nous quelqu'un de moins bien. On incite trop souvent les jeunes sur les réseaux à des comportements extrêmes quand je trouve qu'on ne met pas assez en avant des comportements différents comme j'ai nommé plus haut.

RS: Combien de langues parles-tu ?
LL: Je parle français, anglais et espagnol. Je me suis souvent demandé si je devais switcher mes illus en anglais, mais je n'ai pas la même finesse de langage en anglais qu'en français. J'ai donc conservé ma chère langue maternelle. Il m'arrive de faire quelques illus en anglais pour des sujets vraiment universels.

RS: Qu'est-ce que tu trouves décevant dans notre monde ?
LL: Les choses bougent lentement. Instagram est mon outil de travail et pourtant il me censure pour un téton de femme ou un corps nu. Faire passer des messages parfois féministes ou humanistes dans mon travail sur un réseau qui ne l'est pas est quelque chose qui m'agace profondément. Mais c'est le jeu, aujourd'hui je suis ici, nous verrons où je serai demain.

RS: Qu'est-ce que tu trouves romantique ?
LL: Manger un couscous devant un match de foot de ligue 2 avec mon copain, hashtag so french, hashtag romantic, but hashtag true love.

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En ce moment vous pouvez voir l'exposition de Louise jusqu'au 29 mai à la Galerie du Pop up dans le 12e à Paris. Elle y expose des prints, des originaux et y vend plein d’objets inédits bientôt disponible dans sa boutique en ligne.

Son compte Instagram :
@lavilletlesnuages
Son site :
www.clubnuages.com